‘Moi et ma cheminée’ (1856) de Herman Melville : Loué soit Dieu pour la faillite !

Crédit : photo de l’auteur

Notes manuscrites sur Moi et ma cheminée (1856) de Herman Melville, recueil publié aux éditions Falaize en 1951 dans une traduction d’Armel Guerne.

Suite au clavier :

Et la cheminée est non seulement personnifiée mais déifiée :

– Je considère ma cheminée, Monsieur, beaucoup moins comme une pile de maçonnerie que comme une personne. Elle est la reine de la maison. Moi je n’en suis que le sujet soumis et déférent ; un inférieur.

p. 40

La cheminée, au fond, c’est aussi l’œuvre, l’œuvre de Melville, qui ne semble alors intéresser que lui et encombrer tout le monde, mais sur laquelle il ne transige pas. C’est son « épine dorsale ». C’est la littérature elle-même. Il se persuade à un moment qu’elle n’est pas si monumentale pour rien, qu’elle renferme quelque chose, un passage, une « chambre secrète », des « ossements desséchés », un trésor : l’aventure, le roman, la littérature en personne.

Et dès lors, comment lit-on ce passage, où le narrateur melvillien creuse, creuse autour de sa cheminée, et se voit surpris, dérangé, gêné par un importun rieur (comme il y en a tant, et celui que l’épouse embauche pour détruire la cheminée en est un beau, qui s’appelle « M. Scribe », un de ces esprits pratiques que Melville déteste certainement et qu’il croisera sans doute si souvent durant ses 19 années aux douanes) :

Très souvent je descends à la cave pour embrasser du regard ce vaste bloc de maçonnerie. Je m’y arrête longtemps, et je médite sur lui, et je l’admire. Il a quelque chose de druidique, enfoui, là-bas, dans cette cave ténébreuse dont les nombreuses voûtes et les passages crépusculaires ressemblent aux sombres et humides profondeurs des bois primordiaux. Cette idée m’obséda à tel point et m’envahit l’esprit, me pénétrant si fort d’admiration pour la cheminée, qu’un jour – étant quelque peu égaré, j’imagine – je pris une bêche du jardin et me mis à la besogne, creusant autour des fondations et particulièrement aux angles : obscurément préparé par mes rêves, à tomber sur quelque terreux et antique vestige du jour lointain où, dans toute cette ténèbre, pénétrait la lumière du ciel, quand les maçons y avaient posé les pierres de fondation, suant peut-être sous un soleil d’août, ou fouettés par une giboulée de mars. Travaillant activement de ma bêche émoussée, quel ne fut pas mon dépit d’être interrompu par un voisin, venu me voir pour une raison quelconque ; ayant appris que j’étais à la cave, il avait dit qu’on ne me dérange pas, qu’il descendrait lui-même me rejoindre. Et c’est ainsi, sans cérémonie comme sans avertissement préalable, qu’il me découvrit tout à coup en train de creuser dans ma cave.

-Vous cherchez de l’or, Monsieur ?

-Non, Monsieur ! répondis-je en sursautant. J’étais tout bonnement… Hum!… tout simplement… je dis que j’étais tous simplement en train de creuser… autour de ma cheminée.

p.38-39

Au diable les importuns, les rieurs, les esprits pratiques.

Résolu, je l’étais sur un point : c’est que moi et ma cheminée ne bougerions pas.

p. 80
Zorba le Grec (1964), film de Michael Cacoyannis

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