'Athos le forestier' (2014) de Maria Stefanopoulou : les cimes discutent entre elles

Paru en 2014, Athos le forestier, premier roman de l’écrivaine grecque Maria Stefanopoulou, est paru en France en 2019 aux éditions Cambourakis dans une traduction de René Bouchet.

Le livre se découpe en trois parties plus une, et tourne autour de la figure d’Athos qui, le 13 décembre 1943, fait partie des victimes de la fusillade de Kalavryta, menée par les forces allemandes en représailles aux actions des maquisards grecs. Son petit garçon est mort, Athos s’en tire et disparaît dans la forêt, où il vivra au contact des arbres, dans une cabane, en compagnie de Kurt, un déserteur allemand, loin des siens, loin de sa femme Marianthi et de sa fille. Trois générations de femmes tourneront autour de cette figure d’ermite. La fille d’Athos, Margarita, sa petite-fille, Lefki (les trois premières parties sont supposées être tirées de ses journaux sur la question), et son arrière-petite fille, Iokasti (supposée l’autrice du carnet dont les notes nourrissent la 4ème partie du livre).

Le traumatisme transmis de génération en génération évoque des livres comme Un cri sans voix (1985) de Henri Raczymow, dont le personnage principal enquêtait sur le suicide de sa sœur Esther, hantée par la guerre et obsédée par les figures héroïques des combattantes juives du ghetto de Varsovie, ou comme Fugitive Pieces (1996) de l’écrivaine canadienne Anne Michaels, livre divisé en deux parties et lui aussi centré sur le poids de la mémoire de l’holocauste, à travers deux personnages, un survivant, Jakob, bientôt recueilli en Grèce par un personnage justement nommé Athos, et Ben, fils d’immigrés juifs canadiens, professeur, parti sur les traces de Jakob en Grèce pour étudier son journal. Athos le forestier voisine avec ces œuvres sur la mémoire et la culpabilité de ceux qui restent, qui survivent, ou qui sont nés après la catastrophe.

On pense aussi beaucoup aux œuvres de Mario Rigoni Stern en lisant Maria Stefanopoulou, et notamment à ce texte sublime, Histoire de Tönle, paru en 2008 chez Verdier dans une traduction de Claude Ambroise et Sabina Zanon Dal Bo. C’est avec la première guerre mondiale et la soudaine transformation du plateau d’Asiago – où se trouvait sa demeure au toit surmonté d’un cerisier – en champ de bataille, que le berger Tönle (prononcer « Tënle »), figure inoubliable, dont la vie fut jusqu’alors pleine de rebondissements et qui exerça de nombreux métiers en maint endroit, se voit forcé de quitter les siens et d’errer solitaire dans les montagnes qui séparent l’Italie de l’Empire austro-hongrois en compagnie de ses moutons.

Ce matin-là, nous marchions à pas rapides, la tête baissée, à travers la brume. Nous avons entendu des coups de feu, puis s’est élevé dans la solitude le chant mélodieux des sonnailles : des moutons paissaient sur le versant d’en face. Les montagnes parlaient entre elles de la guerre et de la paix, et je me disais que cela aussi, je voulais l’écrire à Athos. Les cimes et les hauteurs discutaient entre elles.

Maria Stefanopoulou, Athos le forestier, p. 43

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