Dans les eaux du grand nord (2016) de Ian McGuire : voyez l’homme.

The Terror (série, 2018)

Premier livre de Ian McGuire traduit en France, par Laurent Bury, aux éditions 10/18, en 2017, un an après sa première publication en langue anglaise. McGuire, écrivain anglais, a enseigné à Manchester et donne des cours de Creative Writing aux USA.

On se dit d’abord qu’il faut s’attendre à un énième rejeton du Moby Dick de Melville. Pas vraiment. L’expédition sur un baleinier est là, mais les baleines n’auront pas grande importance dans cette histoire (un ours, si) au-delà d’une grande scène de chasse, de massacre, qui survient assez tôt. Le danger, le mal, le diable peut-être (grandes superstitions là-dedans), n’a pas besoin d’une baleine pour s’incarner, il apparaît dès le premier chapitre, sous les traits d’un matelot, harponneur de son état, Henry Drax :

Voyez l’homme.
Sorti à pas traînants de la cour de Clappison, il arrive dans Sykes Street et hume l’air  chargé de mille odeurs : térébentine, farine de poisson, moutarde, plomb noir et, comme tous les matins, la lourde puanteur de pisse des vases de nuit qu’on vient de vider. Il renifle, frotte son crâne hérissé de poils courts et remet en place l’entrejambe de son pantalon.

p.9

C’est dit : voyez l’homme, n’attendez pas après un monstre marin, la chose sombre, puissante, sans attaches à la loi, la morale ou la foi, détachée de tout, insensible, bête, est là. Mais Drax n’est pas le personnage principal, ou alors (en fait Drax hante tout le livre) en tant que Némésis de l’autre, Sumner, un chirurgien qui s’est embarqué dans le Yorkshire sur le même navire que Drax, le Volunteer, pour exercer et retrouver une place, même misérable, après avoir été déclassé suite à une sale affaire (qui sera détaillée dans l’un des deux flash-back du livre) lors des guerres coloniales au Cachemire.

Le petit extrait ci-dessus en dit assez long sur le roman, sombre d’un bout à l’autre (impression, au début du livre, d’arpenter le Londres poisseux de Jack l’éventreur), dont les personnages sont souvent sales, leurs manières sans détours, vivent dans la violence, la crasse, la peur et l’alcool. Le texte, entièrement écrit au présent, nous immerge dans l’étouffant périple des personnages, et dans les lieux (avec une insistance sur les odeurs, quasi-palpables).

Au final on pense moins à Moby Dick qu’à certains textes de London, ou à des œuvres qui mêlent thriller (ou slasher) et survie, comme les films Essential Killing (Jerzy Skolimowski, 2010), Le Convoi sauvage (Richard C. Sarafian, 1971), Vorace (Antonia Bird, 1999), ou la série The Terror (David Kajganich et Soo Hugh, 2018, adaptée du livre de Dan Simmons), notamment quand le périple des personnages (tous bien dessinés : le capitaine Brownlee, Cavendish, Black, les Yaks rencontrés sur la banquise, le prêtre du campement), après une enquête menée à bord du navire suite à l’assassinat sordide du mousse, prend une nouvelle tournure, les membres de l’équipage étant pris au piège d’un bateau dont la destinée n’est plus tout à fait la même et qui finira coincé dans les glaces de l’Arctique.


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