‘Autour du cairn’ (2010) d’Alexandre Chollier : atteindre sa destination avec une adresse merveilleuse

Crédit : photo de l’auteur

Publié pour la première fois en 2010, republié en 2019 avec des dessins de Marc de Bernardis, dans la collection « Géographie(s) » des éditions Héros-Limite, que dirige l’auteur lui-même, Alexandre Chollier (où il fait un travail remarquable dans la republication les œuvres d’Élisée Reclus).

Texte plein de tout un savoir, et notamment celui des mots du cairn, qui sont une science, une histoire et une poésie (galgal, clapier, montjoie, monticule, murger, tumulus, castelet, champignon, garof, segnavia, ometto, uomo di sasso, mound, Steinmann, Steinberg, Steinpyramide, Wegweiser, radjma, kerkour, kalacha, nishan, chaps, chorten, stûpa, laptse, obo, apacheta, innu, innunguaq, inuksuk), et qui pour l’augmenter s’en réfère aux écrivain·es et aux poète·sses.

Un seul extrait, où Alexandre Chollier réunit, et je l’en sais gré, car c’est une évidence depuis toujours, deux auteurs essentiels pour moi, Jean Giono et D.H. Lawrence :

De tous les usagers, le marcheur est peut-être le plus sensible au caractère de la route. Mais il est certains marcheurs qui vont jusqu’à développer une conscience précise des différents types existants. La route, de voie de communication ou de transport permettant de lier deux localités ou d’échanger, se fait ainsi, sous le pas à pas régulier d’un marcheur de cette trempe, un lieu en soi. Un lieu que l’on étudie et admire.
Pour le dire avec les mots de Jean Giono, « la route ne va pas à quelque endroit mais est quelque chose ». Quelque chose qu’il faut approcher de façon intelligente mais aussi patiente, et dont l’approche permettra en retour de mieux saisir la géographie des pays traversés.
Parce qu’il savait qu’elles furent avec le temps de plus en plus liées au désir d’aller droit et vite, Jean Giono recommanda de construire des routes faites exprès pour aller lentement. Or à quoi ressembleraient de telles routes sinon à des constructions plus ou moins spontanées ?
Tout le contraire, bien sûr, des routes suisses italiennes que D.H. Lawrence découvrit au sortir de sa traversée des Alpes du mois d’août 1912, peu avant d’atteindre Bellinzona en compagnie de Frieda von Richtofen. Sa critique est aussi franche que sans appel : « Il n’y a rien au monde de plus sinistre que ces nouvelles routes italiennes, machinales et faites pour la machine. Les vieilles routes atteignent leur destination avec une adresse merveilleuse. »


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