‘Recueil de l’ermitage au toit de chaume’ (1800-1820) de Ryôkan : aux gens du monde flottant

Statue de Ryôkan au temple Entsuji

Le poète et moine zen Ryôkan (1758-1831), d’abord insui, moine itinérant, passe dix ans à sillonner le Japon, puis décide à 42 ans de se retirer dans un ermitage sur le mont Kugami. Les poèmes réunis dans ce recueil aux éditions Moundarren, tous des tankas, choisis et traduits par Cheng Wing Fun et Hervé Collet, ont été écrits durant les vingt dernières années de sa vie, qu’il a passées plus ou moins seul à Gogô-an, près de sa terre natale, au bord de la mer du Japon, sous son toit de chaume, dans un grand dénuement.

je n’ai rien de spécial
à vous offrir
juste une fleur de lotus
dans un petit vase
à contempler longuement

dans ma hutte en herbes
jambes étendues
de la petite rizière en montagne
le chant des grenouilles
je me réjouis d’écouter

Ryôkan passait ses journées là et alentour à jouer avec des enfants de passage (je reviendrai peut-être, dans une prochaine note, sur cette aspect de sa personne, très important, et qui contribue à me le rendre précieux), à se promener, faire la cueillette, ramasser du bois et chercher de l’eau, à mendier quand il faisait beau, avec son bol et sa canne en glycine noire, et à écrire.

Autoportrait de Ryôkan lisant sous la lampe

Inscrits sur son autoportrait ci-dessus, ces mots :

en ce monde
de me mêler à la foule
je n’évite pas
mais au passe-temps de la solitude
je suis bien meilleur

Resté dans les mémoires de ceux qui le connurent comme un être simple, d’une grande bonté et d’un calme irradiant, Ryôkan exprimait son amour de la nature et des animaux (des loups auraient veillé sur lui une nuit où il s’était égaré) avec la pensée d’un enfant :

dans le pré en automne
sur chaque brin d’herbe
la rosée qui s’est déposée
sont-ce les larmes des insectes
qui toute la nuit ont crié ?

La parfaite simplicité de ses poèmes (il détestait la poésie des poètes : qui dit que mes poèmes sont des poèmes ? / mes poèmes ne sont pas des poèmes / si vous comprenez que mes poèmes ne sont pas des poèmes / alors nous pourrons parler poésie) reste intacte d’un texte heureux, léger, parfois empreint d’ivresse, quelquefois comique, à un autre, frappé d’une solitude et d’une mélancolie absolues.

alors que certains sacrifient leur vie
pour délivrer le monde
caché
dans ma hutte en herbes
je cultive l’oisiveté

de la tristesse
de l’automne qui s’en va
avec qui parler ?
mon panier plein d’épinards sauvages
au crépuscule je rentre

Ryokan évoque, dans plusieurs poèmes, un ami de passage parti trop vite, l’absence d’un visiteur qui vient de s’en aller, et sa solitude dans un milieu naturel qu’il aime mais qui ne lui suffit pas toujours.

la solitude
d’un soir d’hiver
devant le portail en branchages
aux gens du monde flottant
comment l’évoquer ?

C’est pourtant dans l’amitié et la complicité d’une jeune bonzesse admirative de ses écrits, Teishin (1798-1972), vingt-neuf ans, récemment divorcée et éprise de poésie, qu’il termina sa vie.

ah ! dans ce monde
rencontrer quelqu’un
ayant la même aspiration que moi
et dans ma hutte en chaume
passer la nuit à discuter

Juste avant de mourir, Ryôkan laissa ce dernier poème, magnifique :

que laissé-je en héritage ?
les fleurs au printemps
le coucou en été
les feuilles rouges en automne


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